Jean BAGGIONI

Villa « Stella » - 5 Allée des Mimosas – Cité Comte – 20200 Ville-di-Pietrabugno

Débat public Port de Bastia

 

 

 

 

 

Réflexions préalables à l’adoption d’un projet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19 mars 2007

 

DEBAT PUBLIC PORT DE BASTIA - REFLEXIONS PREALABLES A L’ADOPTION D’UN PROJET

 

 

 

 

A/ Dans quel cadre institutionnel instruit-on ce projet ?

 

              La loi n° 2002-92 du 22 janvier 2002 relative à la Corse précise :

 

Article 12

 

              « La Collectivité Territoriale de Corse élabore le Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse (PADDUC). »

Ce plan « détermine les principes de localisation des grandes infrastructures de transport et des grands équipements... »

Ce plan « vaut pour les secteurs qu’il détermine, schéma de mise en valeur de la mer... »

 

Article 13

 

              « ... Le schéma d’aménagement de la Corse et le plan de développement applicable à la date de publication de la présente loi (22 janvier 2002) restent en vigueur jusqu’à l’approbation du Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse. »

 

 

              Par ailleurs, dans la mise en oeuvre des transferts de compétences, et en application de la loi susvisée, la Collectivité Territoriale de Corse agit dans ce domaine (Port de Commerce de Bastia) en qualité de Maître d’ouvrage.

 

 

 

B/ Le financement des objectifs d’extension ou de création d’un nouveau port de commerce

 

              La convention-cadre du Programme Exceptionnel d’Investissement (PEI) signée entre l’Etat et la Collectivité Territoriale de Corse le 22 Avril 2002 porte sur près de 2 000 M€ et précise :

 

Article 1 – Objet de la convention

 

              « Par la présente convention, l’Etat et la CTC conviennent de mettre en oeuvre les orientations décrites dans le document figurant en annexe. Ces orientations visent à remettre à niveau les équipements structurants de la Corse répartis par grandes catégories d’opérations... »

 

 

              Le document annexé traite (page 4) de la sous mesure :

 

« 1.1.3 : les ports de commerce ».

 

              Il y est précisé que « le port de Bastia ne bénéficie d’aucune protection naturelle. Situé sur une côte rectiligne, toute extension de son emprise sur la mer est d’un coût très élevé. Le site a atteint avec ses huit postes à quai la dimension ultime possible. La capacité de stockage sur le port est trop faible eu égard aux capacités d’accueil des navires, et l’agglomération souffre également de possibilités restreintes de stationnement en son centre-ville. »

 

 

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DEBAT PUBLIC PORT DE BASTIA - REFLEXIONS PREALABLES A L’ADOPTION D’UN PROJET

 

 

 

                  Au niveau des propositions, pour l’ensemble des ports de commerce de Corse, et pour toute la durée du PEI, le montant des travaux à entreprendre est estimé à 50.30 M€.

 

Article 2 – Modalités de financement des projets

 

              « ... Les engagements financiers de l’Etat et de la CTC seront inscrits dans les conventions d’application et s’exécuteront dans la limite des dotations annuelles inscrites dans les lois de finances et aux budgets de la CTC et des autres maîtres d’ouvrage. »

 

 

Article 3 – Modalités d’insctruction et de programmation

 

              « Des conventions d’application de la présente convention identifieront les opérations qui seront programmées sur une période déterminée. La première convention d’application liant l’Etat et la CTC portera sur la période 2002-2006... »

 

              Il est prévu par ailleurs que le programme sera engagé en trois périodes de 2002 à 2016.

 

 

C/ Où en sommes-nous en Mars 2007 ?

 

              C.1   La première convention entre l’Etat et la CTC (2002-2006)

 

                     Elle a été signée le 26 Octobre 2002 en présence du Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales.

 

                      Comme cette première convention ne pouvait porter que sur quatre années, compte tenu des délais de préparation et de négociation, il a été convenu que son montant devait s’établir au maximum à 485 millions d’euros, soit 25 % de l’estimation globale.

 

              S’agissant de la sous mesure « 1.1.3 : les ports de commerce », il est écrit (page 5) que « les études de développement du port de Bastia n’ont pas été entreprises à ce jour. Il reviendra à la CTC, dans le cadre de ses compétences nouvelles, d’en prendre l’initiative »...

 

              « Compte tenu de l’importance économique des ports de commerce d’Ajaccio et de Bastia et des ports départementaux, la première convention d’application est l’occasion d’engager le programme de rénovation qui est prévu dans la convention-cadre pour un montant de 50.30 millions d’euros . »

 

              « Dans la période 2002-2006, 12.31 M€ de travaux seront engagés » sur l’ensemble des ports. « Cela permettra de débuter les réalisations les plus urgentes comme (...) les travaux de confortation ou d’agrandissement sur les ouvrages du port de Bastia... »

 

                     On le voit bien, on ne parle pas alors d’une extension du port actuel ou d’un projet de nouveau port à la Carbonite. (A la date de préparation de la première convention, l’Etat est encore maître d’ouvrage. C’est donc à l’Etat qu’il appartient de présenter une étude pour l’extension ou la création d’un nouveau port).

 

 

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DEBAT PUBLIC PORT DE BASTIA - REFLEXIONS PREALABLES A L’ADOPTION D’UN PROJET

 

 

 

              Sur les 12.31 M€ prévus à la première convention d’application pour l’ensemble des ports de commerce, 7.235 M€ ont été programmés au 31 Décembre 2006. Sur ce montant, la part de crédits affectés au port de Bastia serait de l’ordre de 3 M€.

 

 

                  C.2   La seconde convention d’application du PEI – 2007-2013

 

                      Cette convention sera soumise à l’Assemblée de Corse fin Mars 2007. Elle rappellera qu’il est nécessaire de financer des études complémentaires sur Bastia et que l’inscription des crédits se fera dans le respect des estimations prévues à la convention-cadre.

 

                           Pour l’ensemble des ports de commerce de Corse, la deuxième convention prévoit des travaux d’un coût de 40 M€.

 

                      En se référant aux engagements de la première convention d’application, on peut estimer qu’un montant de 10 M€ environ serait consacré au port de Bastia.

 

                      Cette hypothèse est plus optimiste que réaliste quand on voit que certaines opérations prévues pour la période 2002-2006 n’ont pas encore démarré.

 

                      Sans même évoquer ici ce que pourrait être la troisième convention d’application qui serait mise en oeuvre à partir de 2014, on peut noter que le montant de l’enveloppe prévue à la convention-cadre a été atteint à travers les deux premières conventions d’application (12.31 M€ + 40 M€ = 52.31 M€. La prévision totale était de 50.30 M€).

 

                      Sauf à recourir à des redéploiements toujours possibles qui résulteraient soit d’objectifs abandonnés, soit de nouvelles orientations politiques, il faut admettre que ces moyens sont loin de suffire pour combler « les insuffisances manifestes » des ports de commerce de Corse.

 

                      Quand on sait par ailleurs que pour cette sous mesure du PEI (Ports de commerce transférés à la CTC) les financements complémentaires du contrat de Projet Etat-Région et des programmes européens n’ont pas été reconduits, il faut s’interroger sur l’essentiel, à savoir :

 

Quel financement pour le projet qui sera retenu à l’issue du débat public et après décision du maître d’ouvrage ?

 

                    Il est manifeste que les coûts prévus dans le dossier qui seront certainement réévalués à la hausse dans 5 ou 10 ans, ne pourraient être supportés ni par l’Etat ni par la CTC par le simple recours aux crédits du PEI. Il n’y a aucune commune mesure entre les coûts et les prévisions.

 

 

D/ Le financement du projet

 

              Le dossier qui fait l’objet du débat public est aussi clair que laconique sur ce point. Un quart de la page 82 est réservé au financement du projet.

 

 

 

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DEBAT PUBLIC PORT DE BASTIA - REFLEXIONS PREALABLES A L’ADOPTION D’UN PROJET

 

 

 

              Il y est précisé que :

 

1.      Seules les études et procédures du projet sont engagées sur le PEI. Bien que ne disposant pas d’informations sur le montant des études, on peut facilement admettre qu’une part des 50.30 M€, prévus au PEI pour l’ensemble des ports de commerce de Corse, peut suffire à couvrir le montant de celles-ci.

 

2.      Pour les travaux « un plan de financement approprié sera élaboré en recherchant à intégrer, éventuellement dans des solutions mixtes, les dispositifs de financement usuels des programmes contractualisés avec l’Etat et l’Union européenne, des délégations de service public et des partenariats publics-privés ».

 

Ce deuxième paragraphe, vague dans sa rédaction, mérite des commentaires.

 

·         C’est une vue de l’esprit que de penser à de possibles dispositifs de financements usuels des programmes contractualisés avec l’Etat et l’Union européenne, tout simplement parce que les secteurs bénéficiant d’un transfert de compétences issu de la loi du 22 janvier 2002 sont exclus des contrats de projet Etat-Région, et que les ports ne sont plus éligibles aux fonds européens.

 

·         Evoquer des délégations de service public, sans autres précisions, c’est ouvrir la porte à des spéculations qui pourraient compromettre la sécurité et la fiabilité de la gestion de la nouvelle infrastructure portuaire.

 

·         Evoquer enfin les « partenariats publics-privés »  c’est imaginer qu’on pourrait faire appel à des financements privés pour la réalisation d’équipements publics. Pour les éventuels financeurs, leurs investissements ne seraient alors rentabilisés que par la gestion des équipements réalisés.

Cette hypothèse me paraît choquante sur un plan politique et dangereuse sur le plan économique. Elle atteste de la difficulté du Maître d’ouvrage à réaliser les équipements qu’il considère – par ailleurs – nécessaires et prioritaires. Pour preuve, leur inscription au Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse en cours de réalisation et dont on dit qu’il ne serait adopté que fin 2007.

 

 

              A ce stade du débat, la difficulté de prévoir et de garantir les financements publics appropriés doit être posée comme un préalable.

 

              La Chambre de Commerce de Bastia et de la Haute-Corse, la Ville de Bastia, les Communes de l’agglomération bastiaise et les populations doivent être informées clairement et associées à une réflexion étayée notamment par des plans de financement réalistes et disponibles dès à présent.

 

              On ne peut se satisfaire de lire « qu’un financement approprié » sera élaboré ultérieurement.

 

              Un calendrier d’élaboration du projet et d’exécution des travaux doit être également soumis au débat public.