Collectif Port de Bastia

Mél : collectifport@mediaterra.fr

 

            Débat économique 13 marzu 2007

 

Nous ne nous engagerons pas dans une bataille de chiffres, une analyse comparée de diagrammes, une approximation de la progression des clientèles ; la solution du problème qui nous est posé par les initiateurs du projet ne réside pas dans ces données : c’est une fausse piste ; en effet, nous sommes confrontés à un problème d’aménagement bastiais, certes avec des incidences économiques indéniables mais, c’est surtout un problème dont les lourdes implications dans l’avenir de la Corse – en particulier politiques, économiques, financières – lui confèrent une dimension qui excède notre cadre urbain. Or, cette problématique est quasiment absente de tous les  documents préliminaires du débat.

Nous nous limiterons au thème retenu ce jour sans parler de problèmes essentiels, concernant notamment l’environnement, les pêcheurs qui feront l’objet, lors de débats ultérieurs, de contributions écrites du « Collectif Port Bastia »

 

 

Le port : la ville, l’agglomération

La ville de Bastia a bénéficié de la mise en valeur intensive – certes artificielle- de la Côte orientale (1960-1975) ; elle est le « deuxième port-passagers » en France – elle voit passer deux millions de personnes par an-. Elle est la porte d’entrée naturelle du continent européen. Elle est une ville méditerranéenne qui outre ses atouts propres, bénéficie de l’image attractive de l’île dans le monde.

Attrayante, dotée d’une bonne vitalité culturelle, elle souffre d’asthénie économique, de stagnation démographique (40.000 habitants). Il a été créé un seul  hôtel nouveau, depuis deux décennies alors même que le déficit de l’offre d’hébergement est patent.

Notre ville est étiquetée, en Europe et en France,  comme une ville de transit et non de destination même si cet aspect négatif commence à s’infléchir très légèrement ; les passagers débarquent, quittent la ville au sifflet, se dispersent dans toutes les directions, Sardaigne y compris ; les vacances terminées, ils sont cloîtrés le plus souvent- au sifflet- dans parkings du port et le soir, les bateaux s’en vont  trop fréquemment à l’heure du repas ; la tristesse de nos restaurateurs les accompagne, compensée par la joie des responsables des restaurants de bord des Compagnies maritimes.

À quoi est dû ce divorce entre les atouts et les résultats ? Certainement pas à l’encombrement du port qui n‘est pas davantage responsable des difficultés chroniques de la circulation urbaine : la cause réside bien plus vraisemblablement dans la faiblesse  de l’offre économique et touristique d’une agglomération, insuffisamment dynamique.

Le projet qui nous est présenté suscite inévitablement un intérêt manifeste : on nous propose une infrastructure moderne, un flux « passagers » accru venant conforter le tourisme et l’économie, une entrée de la ville dans une modernité espérée, une meilleure qualité de vie,  un atout supplémentaire pour l’île. Qui ne serait pas tenté d’acquiescer ?

 

Puis la réflexion s’organise et les questions se bousculent :

A. Il existe un certain nombre d’éléments subjectifs qui relèvent de positions de principe tout à fait défendables :

            • L’impact visuel sur le site s’inscrit en totale contradiction avec la volonté affichée et proclamée par la municipalité de faire de Bastia une ville touristique et patrimoniale,

            • Le fait d’être une ville d’appontage pour le trafic maritime (véhicules–passagers–Fret) ne favorise pas le développement touristique du site, les ports de commerce sont (ou étaient) souvent  des sites sacrifiés et de nombreuses villes, notamment en Méditerranée, peuvent en témoigner ; de surcroit, ces ports pratiquement vides l’hiver, outre qu’ils rythment une activité essentiellement saisonnière et courte, donnent une image triste de friche, de désert, d’abandon.

            • La magnifique corniche du Cap tant à Brandu qu’à San Martinu ouvre une vue exceptionnelle sur le littoral de Bastia et de son agglomération ainsi que sur l’étang ; la perspective serait enlaidie par un port à la Carbonite.

 

B) La première des interrogations objective porte plutôt sur la pertinence du projet. Est-il utile, indispensable à terme ? Se justifie-t-il économiquement ? Et en fonction de quel impératif ? Nest-il pas trop lourd  pour la ville de Bastia ? Présente-t-il un intérêt pour notre ville ? À-t-il l’ombre d’une chance de naître avec le concours de l’argent public ? Ou envisage-t-on –déjà- le concours privé pour cette onéreuse réalisation ? Ainsi Bastia, cité de 40.000 habitants aurait à terme quatre ports - un véritable défi à la rationalité ?

 

C) Nous avons été impressionnés par la démonstration de Jean Baggioni, ancien président du Conseil exécutif de Corse : nous avons constaté que ce projet ne s’inscrivait pas, comme il aurait dû le faire impérativement, dans un cadre institutionnel (PADDUC), réglementaire (PLU) et financier crédible et qu’il souffrait aussi de l’inexistence de prévision en termes de structures d’accompagnement des infrastructures périportuaires et routières.

 

D) La ville a besoin de moderniser son port

• Le port actuel ne suffirait-il pas si l’on améliore de façon importante (création en cours d’un nouveau quai de 200 mètres, rescindement d’un quai existant et extension des terre-pleins) ? Ne peut-on améliorer la gestion et progressivement l’étalement des flux ? Ne peut-on étudier le prolongement au sud, du quai est du port actuel ?

            • La plaisance est faible à Bastia ; la principale raison ne se trouve pas, à ce jour, dans l’insuffisance des infrastructures, mais réside plutôt dans le fait d’une politique peu ambitieuse. Ne peut-on envisager de prolonger la jetée du Dragon  (port nord du Vieux Port) de manière à protéger l’anse des vents d’est ; on créerait ainsi des places supplémentaires pour les pêcheurs et pour la  plaisance (estimation de 200 places)

• La problématique « Croisière » souffre de langueur ( 3 200 passagers en 2005) : cela n’est pas  dû à u une insuffisance d’infrastructure ; combien a coûté le quai N° 8 qui lui est affecté ? Avec quel retard a-t-il été livré, et avec quel surcoût ? Pourquoi est-il inutilisé ? Cette problématique peut se gérer par le biais de solutions qui existent avec bonheur ailleurs, en Grèce par exemple ou même en Norvège ; les passagers débarquent et sont acheminés à terre par un système de navette. On ne crée aucune infrastructure et on respecte ainsi l’environnement

• La ville de Bastia et son agglomération, la Chambre de commerce, n’ont aucun intérêt à l’accroissement infini du trafic portuaire en « juillet-août » ; les chiffres montrent que la progression enregistrée dans les transports cette année ne s’est pas retrouvée dans le nombre de nuitées vendues par les professionnels du tourisme. Et que la hausse de la fréquentation s’est opérée de manière plus significative sur le maritime (+8,5 %) que sur l’aérien (+2,4%). Ces deux institutions ont intérêt à donner une impulsion majeure à la politique de transports aériens (passagers ayant recours aux services (location de voitures), à l’hôtellerie insulaire et cela pendant toute l’année.

Le danger de l’argumentation qui nous est servi réside dans une assimilation critiquable du port à la cause univoque de la stagnation économique bastiaise qui procède à n’en pas douter de phénomènes plus larges : en termes simples, comment l’implantation d’un port à l’extérieur de la ville -permettant de démultiplier la capacité d’accueil- pourrait-elle engendrer des retombées locales supplémentaires alors même que le port actuel au cœur de la ville n’en suscite pas suffisamment ? Le rapport traitant de l’évaluation des retombées socio-économiques de l’investissement pressenti ne nous renseigne en rien sur cet intriguant paradoxe… A moins que l’impact ne soit ressenti à l’échelle insulaire, et non plus locale, ce que nous traiterons  présent.

 

Le Port et la Corse

Un projet de cette envergure ne peut-être le seul projet de la ville de Bastia, et d’ailleurs il ne l’est pas puisque selon la loi du 22 Janvier 2002 relative à la Corse, c’est la Collectivité Territoriale de Corse qui est responsable de la politique du développement portuaire ; elle a la responsabilité des investissements et de la gestion ;  c’est elle qui organise le débat de maîtrise d’ouvrage  et c’est encore elle qui devrait largement participer au financement de  ce projet.

Est-il raisonnable de doter la Corse  d’un nouveau port  avec les investissements lourds que cela implique ?  la Corse  disposant  déjà, rappelons-le de six  autres ports, et de quatre aéroports ( on a suffisamment critiqué la multiplication inutile et onéreuse des infrastructures aéroportuaires) ;  La réponse est négative.

 Est-il raisonnable et rentable à terme pour une île de la taille de la Corse de surdimensionner unilatéralement la capacité de l’un de ses ports uniquement pour anticiper sur la demande de pointe saisonnière, alors que de surcroit la Corse est saturée de touristes en « juillet-août »? NON.

On doit chercher à équilibrer le surcroît de trafic en haute saison et mieux le répartir de manière équilibrée sur les quatre autres ports de Corse (étude de tarifs incitatifs).

De plus, il est aberrant et injuste de voir que l’île, qui a la maîtrise institutionnelle de ses transports et théoriquement de l’enveloppe de continuité territoriale, subit sans aucune concertation, le choix de la  taille – excessive- des futurs navires, taille qui nous impose des ports surdimensionnés.

• La Corse n’a pas de stratégie de développement économique : elle juxtapose des politiques sectorielles sans vision d’ensemble, et peine à réaliser son Plan d’Aménagement et de Développement durable.

Au-delà des procédures, il est clair que c’est l’entière politique de développement des infrastructures pour la Corse qui est en question. De nombreux choix mais aussi l’analyse objective des pertinences n’ont toujours pas été clairement établis, que ce soit pour les infrastructures portuaires et aéroportuaires ( sept ports et quatre aéroports !!!!), mais aussi pour les infrastructures routières et ferroviaires (ces deux derniers secteurs semblent plus avancés mais certainement pas d’une pertinence et d’une cohérence indiscutables). De plus, des politiques corollaires du développement des infrastructures comme peuvent l’être, par exemple, les politiques en faveur du tourisme ou de l’environnement, demandent encore à être précisées. Très simplement, pourquoi exiger l’obtention de moyens presque somptuaires, et ce quels que soient leurs bénéfices collatéraux, alors même que les objectifs poursuivis ne sont pas définis, sans même parler de la stratégie devant les coordonner ?

• L’excès de concentration sur le Nord de la Corse serait renforcé par un tel méga-port et ce déséquilibre se révèlerait rapidement très préjudiciable au  développement socio-économique équilibré de l’ensemble de la Corse ; inévitablement, cette infrastructure orienterait notre île vers un statut de «Pays-pont» entre les flux de vacanciers du nord de l’Union européenne et la Sardaigne ; les «îles sœurs» ont tout à perdre dans ce type de développement ; l’heure de la baléarisation est heureusement révolue et la Corse, en son temps, l’a heureusement refusée avec force ; l’avenir de l’île ne repose pas sur la mono-indusrie du tourisme et donc sur la croissance indéfinie de sa fréquentation estivale mais plutôt sur le développement équilibré de toutes ses activités  ; quant au tourisme, il doit s’appuyer sur le renforcement de la desserte aérienne, sur l’étalement de la saison ( clientèle plus intéressante économiquement) toute l’année et sur la mise en valeur maitrisée et mieux répartie de son territoire dans l’espace et dans le temps.

 

Conclusion :

 Le « Collectif Port Bastia » est résolument favorable à la modernisation du port de Bastia. Il dit non à l’extension du port. Il dit  Non au port de la Carbonite..